Du sommet du vieux
Semeru, nous admirons d'énormes panaches chargés de cendres et
de bombes qui se déploient toutes les 10 minutes. Une crête nous
amène en face de la lèvre gauche du cratère actif, dont seule
nous sépare une petite dépression. Hésitations : les projectiles
semblent l'épargner.
Très grosse explosion : une énorme bombe passe à une trentaine
de mètres à notre droite. Nouvelle hésitation, puis nous craquons
et fonçons jusqu'au rebord, le temps de faire quelques photos.
Retour sur notre crête ; nous entendons rugir le volcan, mais
pas d'explosion. Nouveau retour sur la lèvre du cratère. Soudain,
un fracas terrifiant ; j'appuie sur mon déclencheur à ce moment
précis : la photo montrera que le gaz sort sous pression du plancher
du cratère, en deux dépressions de 30 mètres de diamètre qui délimitent
les bouches actives.
Le plancher du cratère,
dynamité par une double explosion, vole en éclats. Deux panaches
de cendres, de pierres et de gaz s'élèvent à une vitesse vertigineuse
: la photo ci-dessus est prise moins d'une seconde après la précédente
et le panache a déjà dépassé 200 mètres... La bouche la plus éloignée
de nous se contente d'émettre une magnifique colonne cendreuse
agitée de convulsions.
L'autre, que nous n'avions pas soupçonnée, propulse, à
une vitesse supersonique, des bombes qui passent au ras
de nos têtes, et s'abattent autour de nous. Je n'ai pas bronché
et ai juste le temps de penser de manière absurde en voyant des
bombes se ruer vers moi : "chic, des bombes enfin visibles
!". Pas un instant la peur ne m'effleure : je suis trop
concentré pour saisir ces instants formidabes, trop fasciné ;
comme le journaliste sur le champ de bataille.