Dans la partie orientale de lîle de Java,
en Indonésie, existe un volcan vénéré par les populations indouistes
vivant à ses pieds : cest le Bromo. Il est, pour ces croyants,
la demeure des Dieux bienfaisants qui fertilisent les champs et permettent
de récolter trois fois le riz dans lannée. En effet, la cendre
volcanique qui saupoudre régulièrement la campagne du Tengger - la
région où se dresse le Bromo - associée à un climat chaud et humide,
permettent de tels miracles. Mais, pour les agriculteurs javanais,
ce sont Brama, Chiva et Vishnu les vrais responsables de cette abondance.
Il faut donc les gratifier à leur juste valeur pour quils perpétuent
les actions bienfaitrices. Le Bromo est donc un volcan sacré, lieu
de culte où se déroulent à des époques précises de lannée, de
grandes fêtes en lhonneur des Dieux. Des milliers de pèlerins
montent alors en procession jusquau sommet du volcan pour jeter
des offrandes dans le cratère. Il est vrai que la montagne nest
pas très grande et se dresse au milieu dune vaste caldeira
très facile daccès. Et pour faciliter lascension des pèlerins
jusquà son sommet, on a même construit sur les flancs du volcan
un escalier en béton de plusieurs centaines de marches !
Nous voulons, nous aussi, emprunter cette sorte
de chemin de croix. Ngadisari, minuscule village de montagne construit
au terme d'une route extrêmement sinueuse, face à l'un des paysages
volcaniques les plus beaux du monde : la grande caldeira de
Tengger.
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Ce
cratère de 20 km de diamètre, occupé par une mer de sable volcanique,
vaste désert aux couleurs brunes et changeantes, est d'une majesté
à couper le souffle. Au centre s'élève le profil large et bas du
volcan actif. A y regarder de plus près, il s'agit d'un massif composé
de plusieurs petits sommets distincts. Il y a d'abord le Batok,
un vieux cône aux pentes raides burinées de nombreuses ravines souvent
infranchissables. A ses côtés se dressent les flancs surbaissés
du véritable Bromo, volcan au large cratère fumant. Au petit
matin, nous descendons dans cette plaine murée pour participer,
à notre manière, au culte du Bromo. Léclairage rasant du soleil
distille une lumière franche qui joue avec les bruns et les ocres
du sable volcanique. La marche est facile et bientôt, parmi les
ravins qui balafrent les flancs blanchis par la cendre du Bromo,
japerçois le fameux escalier qui lance dun trait, tel
un grappin, ses marches régulières jusquau sommet de la montagne.
Là-haut, la surprise est totale. Le sol parait sêtre effondré
sous nos pieds et un énorme cratère de 300 m de profondeur pour
un kilomètre de large a ouvert, comme à l'emporte pièce, les entrailles
du volcan. Sans conteste, sa profondeur descend bien au delà du
niveau du plancher de la caldeira sur lequel repose le cône
volcanique. Cest une gueule immense doù sélèvent
un panache de vapeur qui, très vite, se dilue dans latmosphère.
Tandis que notre équipe entreprend le tour
du cratère en longeant ses lèvres pourries par les gaz délétères,
je me résiste pas à l'envie de descendre dans ce gouffre pour observer
le ronflement des grosses gueules soufrées qui en percent le fond
du cratère. Ce sont les cheminées d'alimentation du volcan, simplement
fumantes aujourd'hui...
Les parois qui conduisent au fond de labîme
sont très raides. A un seul endroit la pente semble plus douce et
autorise la descente. Il faut sans cesse planter le talon de la
chaussure dans la cendre meuble pour bien saccrocher à la
paroi et éviter ainsi une éventuelle glissade. Au fond du cratère,
jai limpression dêtre parvenu dans l'antre du
diable.
Ici,
les murailles énormes et tapissées de soufre qui m'enserrent, sont
impressionnantes. Les autres membres de léquipe, restés sur
les lèvres, ne sont plus que de minuscules points noirs.
Je me suis approché dun énorme puits
doù me parvient le ronflement dun gros panache de vapeur
qui sen élève avec violence. Parfois, un mauvais coup de vent
me rabat des bouffées de gaz à la figure. Cest de lhydrogène
sulfuré irrespirable qui brûle les voies respiratoires et je suis
pris soudain dune violente quinte de toux. Je perçois nettement
la chaleur qui monte des entrailles du Bromo. Les parois verticales
qui plongent dans labîme sont jaunis par le soufre qui, en
sy déposant, les a enduites dun tapis inextricable daiguilles
minérales couleur citron. Je mavance plus en avant pour jeter
un oeil jusque dans la gorge même du volcan, mais les gaz agressifs
men empêchent. Je me dirige alors vers une puissante fumerolle
qui sest ouverte sur les rebords dune petite terrasse
de lave. Elle est si abondante que le soufre quelle dépose
a construit une véritable stalagmite dun mètre de hauteur.
Les bords de lévent sont festonnés de concrétions minérales
et au centre, la température est si élevée que le soufre coule rouge.
Ainsi, au fond du cratère du Bromo, on peut observer les trois états
dune même matière : solide, liquide et gazeux. Le soufre se
fait artiste à mes yeux émerveillés.
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