Le Kilimanjaro est le plus grand volcan continental
de la planète avec des dimensions impressionnantes : une base de 80
km et un lointain sommet frôlant les 6 000 m d'altitude ! La lave
sest ici accumulée sur 4 500 m dépaisseur au dessus des
hauts plateaux giboyeux de Tanzanie. Elle forme ainsi une énorme coupole
à la cime enneigée, visible à plusieurs centaines de kilomètres à
la ronde, et cette silhouette majestueuse, unique à la surface du
globe, lui a valu une célébrité mondiale. A l'approche de Moshi, la
ville blottie au pied de la montagne, un ciel brumeux masque l'horizon
mais, en levant les yeux au ciel, de grandes taches blanches apparaissent
entre les écharpes de nuages : les neiges du Kilimanjaro ! La montagne
est si grande qu'elle ne semble pas appartenir au monde dans lequel
je me trouve.
A l'hôtel où nous sommes descendus, nous rencontrons
le guide qui nous accompagnera durant l'ascension. Pour les quatre
personnes que nous sommes, il impose un assistant guide et douze porteurs
qui transporteront les bagages, les vivres, le bois, l'eau, et s'occuperont
de l'intendance. Il faut trois jours de marche pour atteindre le dernier
refuge perché à plus de 4700 m daltitude. Cest facile,
mais incroyablement long ! Là-haut, inutile de chercher le sommeil.
Le manque d'oxygène, le mal des montagnes et le froid se combinent
pour nous empêcher de dormir. En milieu de nuit, le dernier assaut
est lancé, dehors il fait -15° C sous le ciel étoilé de l'équateur.
Nos deux guides connaissent parfaitement les pièges de la haute montagne
et, bien que le sentier ne soit pas très raide, ils nous obligent
à marcher très lentement. Nous en comprenons vite la raison. Plus
le temps passe, plus le sentier sélève et plus la cendre se
fait épaisse, ce qui accentue la difficulté de lascension. Et
ce manque cruel doxygène qui oblige à respirer à plein poumon
pour trouver ce souffle qui nous fait défaut.
Maintenant, notre progression ressemble à celle
d'automates marchant sans but. Les arrêts se font de plus en plus
fréquents et, à chaque fois, nous nous demandons si nous atteindrons
notre objectif tant la fatigue nous assomme. Le froid nous attaque,
mais notre équipement semble suffisant. Ce n'est qu'à quelques dizaines
de mètres sous le sommet de Guilmann's point que le sol devient rocailleux
et porte à nouveau. Nous nous effondrons sur les bords du cratère
du Kilimanjaro que la nuit noire cache encore. Le sommet du volcan,
le Uhuru Peak (Pic de la Liberté), nest plus quà
une heure de marche !
Heureusement, le sentier qui longe désormais
la lèvre du cratère est moins pentu et surtout le sol est dur et gelé,
la marche donc plus facile. Le ciel commence à rosir et un décor fantastique
progressivement s'illumine. La blancheur des glaciers sommitaux troue
enfin la nuit qui s'estompe. Sous ces latitudes équatoriales, l'aube
est très courte et rapidement, un soleil puissant inonde de lumière
tout le sommet du Kilimanjaro. A un kilomètre de distance encore,
juste devant moi, le Uhuru Peak. Je sais désormais qu'il est à ma
portée : encore quelques dizaines de minutes et jatteindrai
enfin le toit de l'Afrique !
Nous sommes au sommet d'une falaise à pic de
200 m de hauteur plongeant dans le grand cratère du Kilimanjaro. En
son centre s'élève un large cône aux pentes douces au sommet duquel
s'ouvrent les deux cratères récents du volcan, notre objectif. Avec
le chef guide, nous dégringolons directement le mur abrupt par des
couloirs d'éboulis en prenant garde à ne pas tomber face à une barre
rocheuse infranchissable. Au fond, le décor est fantastique. Les parois
du cratère sont à la fois constituées de roche et de glace et, vers
l'ouest, une large brèche a fait disparaître le mur. Un petit glacier
occupe le fond. Du sommet, il ne ressemblait qu'à une grosse galette
immaculée posée sur le sol mais, du bas, c'est une montagne de glace
impressionnante. Nous gravissons à pas lent les flancs du cône central.
Les plaques de neige abondent et on s'y enfonce parfois jusqu'aux
genoux. Il nous faudra quarante minutes pour atteindre les lèvres
du cratère. |
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| Les
formes des deux cratères paraissent si fraîches, leurs courbures
si nettes, que le volcan semble avoir été actif il y a quelques
années seulement. Le premier, large et peu profond, contient
en son centre le second, un puits de 250 m de diamètre au parois
verticales à demi effondrées. Ici, la neige ne tient pas, le
sol y est trop chaud. D'ailleurs, de petites fumerolles ont
teinté un peu partout le sol de couleurs brunes, jaunes et ocres.
C'est à l'Ouest qu'elles semblent les plus actives, mais je
n'ai vraiment plus le courage d'aller renifler l'odeur de soufre
du Kilimanjaro. Repos. |
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| Avant
de remonter à Guillman's Point, nous désirons toucher des doigts
le glacier à lest du sommet. Il forme d'énormes marches
blanches qui ont épousé la topographie des lieux. Il ressemble
donc à un escalier de géants qui descend doucement vers les
pentes externes du Kibo. Le bord du glacier est tranché net
par de grands murs de glace qui sont souvent creusés de vastes
criques. Celle que nous visitons est cernée de murailles blanches,
frangées tels les fanons d'une baleine. Je marche à l'intérieur
d'une cathédrale de glace dont les grandes orgues semblent vouloir
jouer un hymne à notre réussite... |
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