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En plein milieu du détroit de la Sonde, entre les îles indonésiennes de Java et de Sumatra, existe un archipel qui semble posé sur les eaux calmes de la mer : cest Krakatau. Cette région a véritablement connu lenfer à la fin du XIXe siècle. A cette époque, lîle centrale se composait de trois volcans actifs, Rakata, Danan et Perbuwatan. Le 27 août 1883 se produisit lun des paroxysmes volcaniques les plus puissants de lépoque historique. En quelques heures, des explosions dont le bruit fût entendu à 5000 km de distance, ont pulvérisé deux des trois cônes volcaniques tandis quune partie de lîle seffondrait en mer. Le raz de marée consécutif, énorme, déferla sur les côtes bordant le détroit et tua dun coup 36000 indonésiens tandis quun déluge de cendre plongeait toute la région dans lobscurité. De gigantesques bancs de pierre ponce, véritables banquises en mousse de lave solidifiée, flottaient sur les eaux du détroit. Dans les parages immédiats du Krakatau, des îles éphémères, construites avec les débris du volcan pulvérisé, étaient apparues. Mais de lîle volcanique ne restait que Rakata, tranché en son milieu par une falaise abrupte née de cet effondrement gigantesque. Néanmoins, les centres éruptifs restaient actifs et, en 1927, une nouvelle île commença à émerger au milieu de larchipel. Depuis, à force déruptions, un nouveau monstre grandit : cest lAnak Krakatau, « le fils du Krakatau », tant redouté des pêcheurs indonésiens croisant dans ses parages car, pendant ses grosses colères, il projette des blocs en mer et peut ainsi bombarder le navigateur imprudent. Fin mars 1997, le volcan est particulièrement actif. Un coup de fil chez un correspondant indonésien minforme que le bruit des explosions sentend depuis Carita, une station balnéaire nichée sur la côte ouest de Java, à 40 km de lîle volcanique ! Dans la semaine qui suit, avec un ami, je prend lavion pour lIndonésie. A Labuan, le petit port de pêche qui jouxte la localité de Carita, nous entrons en contact avec des pêcheurs qui acceptent de nous conduire sur lîle maudite. Le lendemain à laube, nous appareillons à bord dune grosse barque propulsée par un vieux moteur poussif. Peu après avoir quitter la baie de Carita, larchipel de Krakatau est en vue, au loin, dans la brume. Quelque chose minquiète ; à mesure que nous approchons, la silhouette du volcan dévoile peu à peu ses secrets, mais aucun panache de fumée ne vient trahir son activité. Quatre heures plus tard, nous débarquons sur cette terre déserte, vieille dà peine 70 ans, sautant dans la mer pour remonter sur une plage de sable noir comme le charbon. Nous sommes comme des Robinson Crusoë à la découverte de linconnu. Un gros liseré darbres nous cache maintenant le volcan. Il est surprenant quune telle végétation ait déjà pu se développer en si peu de temps... Elle est probablement à labri de lhaleine torride du volcan tout en étant nourrie par la fertilité de son sol. Avec ces hormones de croissance venues des entrailles de la planète, la plupart des arbres ont déjà 40 m de hauteur ! A lorée de la forêt, nous débouchons sur une vaste étendue de cendre où se dresse le cône de lAnak Krakatau. Mais tout parait étrangement calme : aucun panache de cendre, aucune fumée, pas la moindre fumerolle ne séchappe du sommet. Un vieux volcan sest construit dès les premières années dexistence de lîle. Il nen reste aujourdhui quune ligne de crêtes derrière laquelle grandit le cône actuel. Devant linactivité surprenante du volcan, et la rage qui nous envahit, nous transgressons linterdiction des pêcheurs dapprocher du sommet. Sur les flancs noirs nivelés par la cendre, je remarque çà et là des blocs de roche, souvent énormes, expulsés jusquici par le volcan. Assurément, certaines de ces bombes pèsent plusieurs tonnes. Dans leur chute, elles ont creusé des cratères dimpact qui atteignent parfois 2 m de diamètre. La ligne de crêtes est labourée de tels impacts. Devant nous se dresse maintenant le cône parfait du volcan actif. Ses flancs très raides ont 100 m de hauteur. Toujours pas la moindre explosion en quatre heures dobservation ! Nous prenons donc le risque : grimper sur ce maudit cône et aller regarder jusque dans la gueule du monstre. Peut-être la lave incandescente, invisible dici, mijote-t-elle dans le fond du cratère. |
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| Le cône est recouvert dun véritable tapis de pierres roulant sous mes pas et déposé là par lactivité éruptive des jours précédents. La pesanteur na pas encore eu le temps de tasser vers le bas cette avalanche figée, preuve que lactivité du volcan est très récente. Lascension est éreintante car chaque pas me fait pratiquement redescendre dautant et déclenche un éboulement. La chaleur du sol me surprend, je la perçois nettement au travers des semelles pourtant épaisses de mes chaussures de montagne et je me brûle presque les mains quand, déséquilibré par les pierres instables, je trébuche par terre. Mais tout cela nest sans doute que normal... Au sommet, lodeur du soufre me pique la gorge. Le cratère, profond de 50 m, est encombré de gros blocs effondrés des parois, trahissant donc bel et bien son inactivité peut-être passagère. Lendroit nest guère rassurant, le silence de mort qui y règne est inquiétant. Mais nous descendons au fond du gouffre. Avec cette découverte, tout espoir dadmirer de la lave en fusion senvole en fumée... et ce nest pas livresse subtile dêtre parmi les tout premiers hommes à avoir fouler le fond du cratère du Krakatau qui estompera notre déception. |
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Mais, une fois débarqués
sur lîle, notre première explosion révèle en fait un simple panache
de suie noire sélevant sans bruit : de la cendre, uniquement de
la cendre, sans aucun bloc de lave qui trahirait lexistence de véritables
explosions. Lactivité du volcan semble donc se limiter à de simples
décrassages de cheminée, un débourrage en jargon de volcanologue. En plus,
la pluie se met à tomber. Le cône, toujours aussi chaud, vaporise instantanément
cette eau soudain tombée du ciel et bientôt, un brouillard opaque enveloppe
tout le volcan tandis que le plafond nuageux sabaisse encore, frôlant
la cime de lédifice. |
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