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Le Mayon est un superbe volcan des Philippines qui se dresse dun trait au dessus du Pacifique, le dominant de 2500 m. Il a la réputation de posséder la forme conique la plus parfaite au monde. Doù que lon soit, cette pyramide de lave qui se mire dans leau des rizières ne laisse personne indifférent et justifie à elle seule un voyage à lautre bout du monde. Nous atterrissons donc à Legaspi et sommes accueillis par le responsable de lobservatoire de Lignon Hill construit de lautre côté des pistes de laéroport. Depuis le sommet dune butte située à deux pas du bâtiment, la vue est imprenable sur le volcan. Malheureusement, les nuages masquent une grande partie de la montagne et nous font languir. Avec le soir, le volcan se dégage. De faibles lueurs rouges naissent dans le cratère. De la lave incandescente au sommet du volcan ? Je pense plutôt à quelques évents expulsant du gaz si chaud quils portent au rouge les roches qui les entourent. Les conditions climatiques sont favorables, il faut tenter lascension au plus vite car ici, en bordure de locéan Pacifique, le temps change très vite. Nous entamons lascension par le versant nord du volcan en remontant une ravine qui a drainé jadis une coulée de lave aujourdhui attaquée jusquà los par les pluies tropicales. Cest tant mieux, car le sol porte bien et le torrent y a en plus creusé de multiples baignoires dont leau tiédit au soleil. La randonnée est donc une succession de grandes marches de lave usée, où il faut souvent saider des mains pour grimper, et de trous deau dans lesquels nous ne résistons pas à lenvie de nous baigner. Parfois, une fine cascade me sert de douche. En fin de journée, nous atteignons la limite de la végétation. Les arbres ont disparu, seules de hautes herbes coupantes flottent encore au gré du vent. Sur ces pentes très raides nous ne trouvons pas dendroit où bivouaquer. Finalement, cest dans le lit même de la ravine, au pied dun mur de lave où la pluie a creusé une petite plage assez grande et plane, que nous plantons notre tente. Tapis de sol, duvet, nous arrangeons de notre mieux une petite niche pour la nuit, puis nous nous restaurons sous les rayons rasants dun soleil mourant derrière les montagnes. Ce seront nos derniers moments agréables sur cette montagne, car le Mayon vient de nous déclarer la guerre. Nous navons pas remarqué les nuages qui, sournoisement, se sont avancés dans notre dos. Soudain les premières gouttes nous surprennent tandis que les derniers rayons du soleil disparaissent sur lhorizon. Mais déjà les lourds nuages noirs sont sur nous et une pluie battante de met à tomber. Lobscurité sinstalle tout aussi brutalement. Repli stratégique à lintérieur de la tente... Les gouttes claquent sur la toile en un bruit denfer et bientôt la ravine, alimentée par les trombes deau, reprend ces fonctions originelles : évacuer vers la plaine les mètres cubes de pluie tombant sur la montagne. Un torrent file bientôt sous notre fragile abri de toile. Deux orages successifs nous font craindre le pire pour notre tente, mais finalement laube succède à cette nuit blanche où la tension nerveuse a atteint des sommets, entamant notre volonté datteindre lobjectif que nous nous sommes fixé... Au petit matin, comme ci de rien nétait, ciel bleu et soleil radieux brisent mes espoirs de renoncer au sommet. Il ny a plus de raison dabandonner. Les deux dernières heures dascension se font dans la rocaille et la cendre, et achèvent de mépuiser. Au sommet, un cratère décevant rempli de fumées opaques ne gomme en rien lamertume qui menvahit, lors de notre descente, les mésaventures continuent : une barre rocheuse strictement verticale bloque soudain le chemin prouvant que nous nous sommes trompés de ravine. Il faut remonter, et suffisamment haut pour être sûrs de retrouver la bonne direction. Et nous voilà à nouveau happés par un brouillard opaque. Depuis que nous avons quitté le sommet du volcan, de lourds nuages gris lont investi, et bientôt une pluie soutenue sabat sur nos épaules. Des heures dattente avant que le ciel enfin se dégage et permette de retrouver notre tente où nous sommes à nouveau prisonnier pour une nuit supplémentaire, sous les orages et sans vivre ! Je retrouve le sécurisant observatoire quarante huit heures après notre départ, dans un état dépuisement que je ne souhaite pour rien au monde revivre un jour. |
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Le lendemain, aux aurores, je suis enfin récompensé de mes efforts : pas un seul nuage sur le volcan avec en prime un éclairage rasant optimal ! La pyramide du Mayon resplendit. Ces longs flancs réguliers et symétriques sont intégralement couverts de végétation preuve quil y pleut fréquemment. Seul le sommet étroit et pointu reste chauve, le roc brut apparaît : les vapeurs acides qui séchappent du cratère tronquant ce sommet et les retombées volcaniques des éruptions, se combinent pour empêcher la végétation de se développer. Du cratère séchappe un long serpent de lave noire qui rampe jusquau pied de lédifice et déchire le manteau de verdure du Mayon. Ce sont les traces indélébiles de la dernière éruption du volcan survenue une quinzaine de mois plus tôt. La lumière du matin sur la montagne moffre ici un cliché dune beauté sereine, contrastant avec les deux journées de cauchemar que javais vécues sur ses pentes inhumaines.
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