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Juin 1991, le Pinatubo, un volcan des Philippines ne figurant même pas au catalogue des volcans actifs du globe, explose après plus de 600 années de quiétude absolue. La surprise est totale, mais la montagne a heureusement donné des signes annonciateurs de son réveil, si bien quon a évacué la population. Quelle initiative salutaire de la part du gouvernement philippin : le volcan crache des panaches de cendre à plus de 40 km daltitude, des nuées ardentes engloutissent toutes les pentes de la montagne dans un rayon de 10 km, des fleuves de boue nivellent la campagne et comblent le lit des rivières jusquà 50 km de leur source, détruisant tout sur leur passage. Le bilan nest « que » de 900 victimes... Trois ans plus tard, nous nous rendons sur place. A Manille, la capitale, nous rencontrons le directeur de linstitut philippin de volcanologie. Il prévient Jimmy, responsable de lobservatoire du Pinatubo où nous sommes accueillis le soir même. Depuis lénorme éruption du volcan, une grande base militaire américaine, la Clark Air Base, a été évacuée et désertée car en grande partie détruite par le Pinatubo. Le nouvel observatoire y est donc installer. A lintérieur du bâtiment, les murs sont couverts des photographies de la fameuse éruption : immenses panaches de cendre, constructions à demi englouties par des torrents de boue, maisons écrasées sous des tonnes de graviers... Les aiguilles des sismographes narrêtent pas de trembler, imprimant sur les tambours de papier blanc la respiration du volcan. Voilà maintenant plus de deux années que le fauve tente de se rendormir. Jimmy nous explique que lactivité du dôme de lave visqueuse qui a progressivement engorgé le nouveau cratère ouvert par les explosions, sest pratiquement interrompue. Par contre, la chaleur des épais dépôts pyroclastiques qui recouvrent toutes les hauteurs de la montagne est encore telle que les eaux de pluie qui sy infiltrent sont en partie vaporisées. Des explosions parfois très importantes, se déclenchent alors brusquement, sans prévenir. Le lendemain, nous traversons la base aérienne. Le Pinatubo en marque apparemment la frontière ouest, mais je ny reconnais pas la silhouette dun volcan. Cest en fait un massif désordonné, hérissé de nombreux reliefs, et il est donc très difficile den distinguer le vrai sommet et de situer le cratère actuel. A lintérieur de la base, de nombreux bâtiments sont endommagés : toitures effondrées, murs défoncés, structures métalliques tordues, et partout les cendres et les graviers expulsés par les explosions et recouvrant encore tout à plusieurs dizaines de kilomètres des centres éruptifs... Sous le poids de cette roche pulvérisée, tout sest effondré. Nous sortons de lenceinte de la base et approchons du lit de la rivière Sacobia. Il est encombré sur toute sa largeur par un immense fleuve décume blanche figée. Ce sont des dépôts rocheux consolidés et cimentés, abandonnés par les coulées de boue descendues du volcan. Plus en aval, le lit de la rivière na pas réussi à contenir le fleuve boueux qui sest étalé et a envahi les maisons et léglise dun petit village. Plus loin, un imposant pont métallique enjambe la Sacobia sur près de 300 m. Il nest pratiquement plus daucune utilité car le nouveau lit de la rivière arrive à la hauteur du tablier du pont. |
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Les dépôts sont ici bien homogènes. Cest ce qui les différencient des dépôts abandonnés par les coulées de boue dans lesquels se sont mélangés des blocs de toutes tailles, des galets arrachés au lit de la rivière, des troncs darbres, des végétaux et des débris toutes sortes. Le pouvoir érosif des eaux de ruissellement mimpressionne car nous marchons dans de larges couloirs encadrés de murs verticaux atteignant plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Dans chaque tranchée sest sculpté le lit parfois asséché dun filet deau venant en grossir un autre plus important qui, de fil en aiguille, alimente le cours principal de la Sacobia. La rivière sest ainsi taillé un véritable canyon. Parmi ce dédale de gorges, nous avons choisi un couloir que nous voulons remonter jusquà sa source. De chaque côté, dautres tranchées viennent sy emboîter. Lune delle est si étroite que je me faufile à peine entre ses murs resserrés sur lesquels mon sac à dos accroche. Une fine traînée de ciel bleu apparaît à plusieurs dizaines de mètres au dessus de ma tête ! Et soudain, tandis que je menfonce plus en avant dans ce trou à rat, la peur menvahit : si une pluie sabat sur le sommet de la montagne - et le ciel est bien nuageux - je peux mourir noyé dans ce labyrinthe de fourmis où leau doit sécouler avec une force considérable... Finalement, nous parvenons sur le dessus du dépôt. Ici, quand il pleut, les eaux de ruissellement creusent de petites rigoles qui progressivement se réunissent et senfoncent très rapidement dans la gorge que nous avons remontée. Le haut des versants de la vallée, épargnés par les nuées ardentes, sont toujours couverts dune végétation dense dont le vert profond contraste avec la blancheur et la nudité des dépôts destructeurs. Paradoxe saisissant, car à quelques décimètres du passage de la nuée, rien na changé... Nous nous approchons du rebord abrupt du dépôt quand soudain, le sol parait seffondrer sous nos pas. Nous dominons un superbe et profond canyon encadré de falaises verticales. Au sommet malheureusement inaccessible du Pinatubo, le spectacle doit être hallucinant... |