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Les superlatifs manquent pour qualifier ce volcan hors du commun dIndonésie. C'est en effet la plus haute montagne de Java, le volcan le plus difficile d'accès, le plus dur à escalader, le plus majestueux, mais aussi le plus actif. Depuis 1967 en effet, son cratère explose sans relâche plusieurs fois par heure et ne semble pas vouloir se rendormir. Pour l'atteindre, le voyage prend ici des allures d'expédition. Une marche d'approche d'une journée à travers la jungle tropicale est en effet nécessaire, depuis le dernier village de Rano Pani, pour atteindre le camp de base au pied du volcan. Rano Pani, au petit matin; nous avons passée une nuit ressourçante sur les berges dun petit lac. Rapidement notre équipe se met en marche et pénètre dans la forêt. Parfois, de belles trouées dans cet enfer végétal permettent d'apercevoir le majestueux cône du Semeru : ses pentes sont raides et parfaitement symétriques, la forêt les recouvre jusqu'aux deux tiers de leur hauteur. Plus haut, c'est le domaine de la cendre. Les retombées volcaniques y sont si abondantes et fréquentes qu'aucun brin d'herbe ne parvient plus à se développer, toute trace de vie a disparu. Alors, sur ce crâne chauve et gris, les eaux de pluie développent toute leur puissance et creusent de longues ravines parallèles. L'explosion nous surprend... Silencieuse, la lourde volute grise chargée de poussières et de blocs s'élève, tel un champignon atomique, à plusieurs centaines de mètres au dessus du sommet. Rapidement, le nuage s'étale en altitude puis se dilue dans l'atmosphère, épuisé. Pendant quelques minutes, notre marche s'est arrêtée pour admirer ces forces de la nature développant toute leur puissance à nos yeux exorbités. Un grand col nous sépare encore du volcan maintenant dissimulé derrière cette montagne surgie de la forêt et devenue soudain géante. Cest en fin de journée que nous atteignons le pied du volcan où s'ouvre une petite clairière, endroit idéal pour un bivouac. Deux heures du matin. Hors des tentes, une superbe nuit fraîche et étoilée nous attend. Nous nous mettons en marche. Une trace attaque directement la pente, suivant la crête d'une ravine. Elle est très raide et constituée de lapilli instables dans lesquels le pied se noie, ce qui oblige à fournir des efforts supplémentaires. Il y a aussi l'altitude : à 3500 m, sur un terrain aussi difficile, chaque minute d'ascension en nécessite trois fois plus pour permettre au coeur de retrouver un rythme à peu près normal. Progressivement, l'aube éclaire le paysage et la montagne, enfin, dessine sa large cime courbée relativement proche. D'un coup, le soleil inonde de lumière une fine mer de brume qui s'est installée à basse altitude. Enfin le sommet ! Le volcan présente
en fait deux unités. Un premier plateau, que nous venons d'atteindre,
point culminant de l'édifice à 3 676 m d'altitude et, séparé par un petit
vallon, le Semeru proprement dit avec un large cône de scories, tronqué
et haut d'une trentaine de mètres. A son sommet s'ouvre le cratère actif.
Des rafales de vent violent balayent par moment la cime de la montagne,
glaçant l'atmosphère. Soudain, dans un tonnerre assourdissant, le volcan
explose. De lourdes volutes grises chargées de poussières s'élèvent en
un clin d'oeil à quelques centaines de mètres au dessus de nos têtes tandis
que de gros blocs de lave retombent, en un sourd bruit d'impact, sur les
flancs du cône, soulevant de grandes giclées de cendre. Un superbe panache
moutonnant grimpe ainsi jusqu'à 1000 m de hauteur. Il enfle à vue d'oeil.
Dans le même temps, une bataille semble faire rage à l'intérieur du cratère
: sans manifestation extérieure visible, un puissant dégazage s'y produit.
Par souffles et bouffées successifs, le gaz sous pression s'échappe des
entrailles du volcan en un vacarme impressionnant.
Tandis que le nuage éruptif, lentement, se dilue dans l'atmosphère, le cratère replonge dans un silence de mort. Nous attendons la prochaine éruption. Au fur et à mesure que s'égrènent les minutes, la tension nerveuse augmente : d'où partira la prochaine explosion ? dans combien de temps ? dans quelle direction ? j'ai l'impression que ma vie ne tient plus qu'à un fil. Au bout d'un quart d'heure, je craque, fuyant ce cratère vraiment trop dangereux. Je rejoins à toutes jambes un endroit plus sécurisant, c'est vraiment suicidaire de jouer à ce point avec le feu... Quelques minutes plus tard cependant, une bouche, qui ne s'est pas manifestée depuis plus d'une heure, entre violemment en éruption : la formidable explosion arrose de pierres l'intégralité des lèvres du cratère... Heureusement, mes compagnons mavaient suivi ! |