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Au Sud de Manille, la capitale des Philippines, existe un superbe volcan très facile daccès : le Taal. Il forme une île basse qui sétale sur les eaux calmes dun lac dune dizaine de kilomètres de diamètre lui-même niché au sein dun gigantesque cratère effondré bordé de falaises verticales : une caldeira. Jai découvert ce joyau lors dun voyage en Asie du sud-est. Nous nous en sommes approchés de nuit, bivouaquant dans un centre de villégiature aménagé sur les bords même du grand cratère nourricier. Au petit matin, la surprise est totale. Un pâle soleil sélève entre les cocotiers. Lair est frais lorsque je pars explorer notre petit domaine. Rapidement, jarrive sur les bords dune falaise boisée et découvre en contrebas le vaste lac brumeux. Au centre, lîle volcanique aux contours irréguliers semble flotter sur des écharpes de brume. Parmi les reliefs qui lencombrent, le cratère actif du volcan se cache, invisible. Près du rivage, un gros cône bien formé, percé dun cratère, permet au néophyte de reconnaître sans conteste la nature du paysage. Le panorama depuis le belvédère est grandiose. Une route permet de descendre sur les berges du lac où il est facile de louer une pirogue. Et nous voilà partis pour une vite approfondie de lîle. Sur ses rivages ségrainent quelques petits villages de huttes qui totalisent quand même près de 5000 habitants, une population solidement enracinée là depuis des siècles et quil faut évacuer chaque fois que le volcan se montre par trop menaçant. Lîle est en fait constituée dune multitude de petits cônes ou cratères découpés à lemporte pièce. Ils témoignent chacun dexplosions sûrement phréatiques qui ont labouré ses pentes et jalonné lhistoire du volcan. Ces éruptions très explosives sont dues aux interactions entre le magma brûlant venus des profondeurs de la planète et leau du lac. Nous débarquons au nord de lîle où un petit sentier conduit directement sur les bords du cratère principal. Lorsque nous en approchons, le sol se dénude et la roche fissurée apparaît. Certaines crevasses ont des lèvres teintées de couleurs oranges, rouges ou ocres et lodeur du soufre pique la gorge : lenfer nest sans doute plus très loin. |
| Niché dans un
écrin de verdure, un surprenant lac couleur émeraude occupe le fond du cratère
principal. Leau de pluie qui le constitue est contaminée par les gaz
sulfureux venus des profondeurs : ils lui ont donné cette couleur dacide
concentré. Des globules de soufre jaunâtres flottent dailleurs en
petits bancs à la surface de cette soupe de Satan. Près de la berge, une
fumerolle ronfle bruyamment et souffle avec force un puissant panache de
vapeurs blanches. Nous voulons examiner de plus près ce gueulard infernal
mais, après plusieurs tentatives dans les fourrés épineux, nous constatons
quaucun chemin ne conduit de ce côté près du lac. Pourtant, une brèche
dans le rempart opposé permet dy accéder, mais pour cela, il faut
reprendre la pirogue et atteindre le cratère par un autre sentier.
Et nous
avons tenté ce que dautres avant nous se sont refusés : se
baigner dans le lac acide ! La sensation est étrange. La température du
bain y est bien chaude, brûlante même à certains endroits. Nous avons
limpression de nager dans un lac deau pétillante. Le gaz volcanique
qui suinte des profondeurs abonde, si bien que dinnombrables petites
bulles nous lèchent la peau. Là-bas, japerçois de gros bouillonnements
à la surface de leau. Aux dires des autochtones, ces bains sont
très bénéfiques pour la peau, dailleurs notre guide a rempli deux
bouteilles pour sa famille. Il est vrai que lacide est bien dilué. |