1985 : à la tombée de
la nuit, j'observe à partir du muret le plus en contre-bas du sommet,
les belles explosions du cratère Ouest, en direction de la Schiarra
del Fuocco.
Soudain, un énorme éclai blanc remplit mon viseur et dans
un fracas terrifiant des milliers de bombes s'abattent entre le rebord
du cratère et les murets ; certaines passent par-dessus ma tête. Je
prends cette photo quelques secondes après, encore un peu tremblant.
Des Allemands observent incrédules une belle bombe qui luit à moins
d'un mètre de leur tente puis partent, en vain, à la recherche de
leur chien qui s'est enfui en hurlant. Je n'ai plus envie d'aller
me pencher sur les bouches du diable.
1994 : jamais, depuis
des décennies, le Stromboli n'a été aussi actif : au moins une douzaine
de bouches explosent à leur rythme, souvent simultanément. D'un énorme
hornito déborde de façon frénétique et désordonnée une belle lave
couleur groseille ; un petit soupirail à sa base expulse des bombes.
Le lendemain, il s'est métamorphosé en une bouche de plusieurs mètres
de diamètre, oeil de cyclope qui projette en tir tendu, toutes les
2-3 secondes, des gerbes de bombes. Plusieurs fois dans la nuit, il
s'obture pendant une dizaine de secondes et se débouche en un hurlement
terrifiant dont on peut mesurer l'intensité au nombre de têtes hagardes
qui sortent de leurs duvets...